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Comment devenir un linguiste occasionnel en trois leçons

Apprendre la langue locale est essentiel. Un expat nous raconte toutefois ses frustrations en étudiant le français au Bahreïn, l’espagnol en Argentine et l’allemand en Suisse. 

J’ai étudié le français au Bahreïn, l’espagnol en Argentine et l’allemand en Suisse  Est-ce que je peux dire pour autant que je parle ces trois langues? Peut-être, oui, mais malheureusement, je les mélange, je les utilise toutes en même temps, dans la même phrase.

Ce n’est que 20 ans plus tard après le lycée, que j’ai senti une réelle nécessité d’apprendre le français. Quand la guerre du Golfe a éclaté, je vivais au Bahreïn avec mon mari. Ayant connu de nombreuses semaines de tremblements de terre alors que des missiles patriotes étaient lancés et que les militaires américains percutaient divers objets au Bahreïn, nous avons décidé qu’il était peut-être temps de se sauver à toutes jambes vers un refuge plus près de chez nous.

Alors que nous passions d’agréables vacances avec des amis en France, nous avons fini par regarder les maisons et le dernier jour de nos vacances, nous sommes tombés amoureux d’une vieille maison de campagne en pierre. Nous avions besoin d’acquérir très vite le bon vocabulaire français pour la rénovation de la salle de bains et de la cuisine et pour lire les menus au restaurant. 

De retour au Bahreïn, on a constaté qu’il y avait une branche bien établie de l'Alliance Française, où des citoyens français qui voulaient éviter de faire leur service militaire, faisaient preuve de bravoure en enseignant le français aux Anglais. Notre enseignant s’appelait Monsieur Petit, un homme extraordinaire et maître dans l’art d’assortir ses vêtements par couleur.

Puis le travail de mon mari nous a fait partir à Buenos Aires en Argentine. Avant le départ, nous avons dû suivre un cours d’espagnol intensif à Salamanque en Espagne. Soi-disant pour nous aider à assimiler plus vite la langue espagnole, nous avons été placés dans une famille espagnole. Nous rêvions d’une belle villa blanche couverte d’un bougainvillier, chatoyante, sur le flanc d’un coteau inondé de soleil. Mais malheureusement, la famille habitait au-dessus d’un bar dans l’une des rues les plus bruyantes d’Espagne.

Et quand finalement il n’y avait plus de bruit vers 4 heures et demie du matin, c’était les éboueurs qui commençaient leur travail, et ils avaient décidé de toute évidence que si eux, ils étaient réveillés, alors tout le monde devait l’être aussi. Notre hôte nous avait suggéré de mettre des boules Quiès pour dormir, le vocabulaire de la rue d’en bas n’étant pas le genre de vocabulaire que nous aurions pu utiliser pour la négociation de contrats ou pour régler les visas en Argentine.

Salamanque, superbe ville universitaire, attire les jeunes du monde entier, dont la plupart aiment bien faire la fête. Mais ils ne semblaient jamais avoir de problème à engloutir les verbes irréguliers et les ressortir dans des phrases correctement formées, sans un battement de paupière endormie. 

Quel était leur secret? Leur style de vie de fêtards est vite devenu contagieux et nous, ‘étudiants matures’, nous n’avons pas tardé à nous joindre à eux. C’est comme ça que j’ai découvert leur secret, ils passaient toute la nuit à parler avec les habitants!

Mais quand nous sommes arrivés en Argentine, nous avons découvert que l’espagnol là-bas n’était pas du tout le même que l’espagnol que nous avions appris. En anglais, nous disons par exemple "llama'", en espagnol ils disent "eeyama", mais en Argentine ils disent "shama"!  Heureusement, nous avions de l’aide à portée de main; l’entreprise avait réglé des cours pour nous avec une formidable enseignante, Véro.

Un an plus tard, nous sommes retournés en Espagne, cette fois à Barcelone, capitale de la Catalogne où l’on parle catalan! Et oui, ce n’est qu’après mon premier cours d’espagnol que j’ai découvert qu’il y avait plus d’une langue en Espagne. Ce à quoi nous faisons habituellement référence pour le parlé espagnol, c’est l’espagnol castillan, mais il y a aussi le catalan, le galicien, l’asturien et le basque, toutes les langues dans leur propre droit. 

Mais la plupart des gens à Barcelone parlent aussi le castillan et il y a même une école en langue castillane. Ce qui fait que je suis encore retournée à l’école, où ils ont essayé de faire disparaître "cet accent argentin" de mon castillan. Alors que je commençais juste à avoir de l’assurance en espagnol, nous avons déménagé en Suisse où l’on parle l’allemand, le français, l’italien et le romanche. J’ai alors découvert que les Suisses ne parlent pas vraiment l’allemand; ils parlent le suisse allemand, un dialecte spécifique que les Allemands disent ne pas comprendre.  

On m’a conseillé d’apprendre le haut allemand car ce serait plus utile dans le monde que le suisse allemand. Mon premier professeur était une très grosse dame d’origine suisse italienne qui parlait très fort, en italien, depuis le balcon de la fenêtre de la classe, avec les membres de sa famille dans la rue en dessous. Pendant ce temps-là, nous essayions d’éclaircir les mystères de la langue allemande en remplissant passionnément les trous laissés à cet effet dans des centaines de phrases qui n’avaient aucun sens.

J’étais sur le point d’abandonner quand Dagmar est arrivée, une allemande qui a réussi à nous faire apprendre sa langue maternelle d’une façon amusante. Son humour était électrique et contagieux; tout le monde l’adorait à l’école. J’ai enfin commencé à parler allemand. Elle est restée une bonne amie jusqu’à ce jour.

L’un des plus grands plaisirs d’apprendre une langue, c’est de rencontrer et de parler avec des gens de tous les coins du monde. Ce qui fut particulièrement le cas en Suisse où bon nombre de réfugiés d’un haut niveau viennent y chercher refuge.

Mais je prends maintenant une pause des écoles de langues, qu’elles aient été bonnes ou mauvaises, peu importe, je peux vous assurer qu’un chantier de construction très bruyant ou des travaux dans la rue vont surgir à quelques pas, à mon arrivée. Sinon, il y a sûrement une route très fréquentée près de laquelle de petites créatures en fourrure rencontrent leur souteneur avec un grand crissement de pneus, suivi d’injures verbales et de sirènes qui hurlent, un peu de distraction.  

J’opte maintenant pour ce que l’on appelle une "totale immersion". Je fais aujourd’hui partie de la chorale du village, mon mari et moi sommes membres d’une association de danse de tango argentin et j’assiste toutes les semaines aux cours de Tai Chi – tout à fait français. Je regarde les actualités françaises et je discute avec mes voisins français. J’ai énormément de plaisir et c’est beaucoup moins cher! Je n’étais encore jamais restée quelque part assez longtemps pour en arriver à ce stade, c’est pourquoi je pense que là, enfin, je suis chez moi. 

Par: Glynnis Burrough
Source: http://www.telegraph.co.uk
Date de publication:12 Juin 2009
 

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