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ACTUALITES

Devenir Expat, on ne le fait jamais tout seul

Emigrer? Désolé, mais mon partenaire a aussi son travail. Politique de partenaire, ou mieux encore, double politique de carrière est maintenant le mot magique pour les entreprises internationales qui veulent détacher quelques-uns de leurs employés. Et la toute dernière tendance, c’est travailler sur le plan international sans émigrer.

En octobre , il avait été annoncé que l’ex-président de la Chambre des Représentants aux Pays Bas Frans Weisglas (61 ans) serait ‘le homme à Bern’. Jusqu’à ce qu’il déclare subitement la semaine dernière que ‘tout bien considéré’, il renonçait à ce poste diplomatique en Suisse.  La raison ? Le poste d’ambassadeur ne semblait pas pouvoir se combiner avec le travail de son épouse, qui est médecin.

Autrefois, Il était d’usage que, lorsque le mari était envoyé à l’étranger, la femme le suivait pour y passer ses jours dans l’oisiveté.  Mais cette époque d’expat traditionnelle, avec l’homme gagne-pain et la femme ménagère ou oisive, est définitivement révolue.

Rôles inversés
Ces dernières années, les rôles semblent justement inversés: il arrive parfois de renoncer carrément au départ tout simplement parce que le ou la partenaire ne veut pas arrêter son travail pour la carrière de l’autre. Comme par exemple l’ex-président de la Chambre.

Depuis une dizaine d’années, la carrière double, c’est-à-dire des personnes de vingt, trente ou quarante ans, avec une bonne formation et ayant tous les deux une carrière et ne voulant pas y renoncer, est un phénomène dont l’employeur doit tenir compte s’il veut envoyer quelqu’un travailler à l’étranger. Les partenaires d’expats ont de moins en moins tendance à sacrifier leur propre carrière pour celle de leur mari ou femme.

Refuser de partir travailler à l’étranger
Une enquête parmi des managers en ressources humaines menée dans plus de 400 entreprises dans le monde montre que 53 pour cent des employés ont refusé l’année dernière d’aller travailler à l’étranger, à cause du manque de possibilités de travail pour leur partenaire.

‘Nous y sommes de plus en plus confrontés’ dit Annerie Vreugdenhil, Responsable du département Clients Pays-Bas à l’ING Wholesale Banking, la banque d’affaires de l’ING, dont beaucoup de clients opèrent au niveau international. La majorité de ce groupe a de jeunes enfants, et dans cette phase de la vie, un départ à l’étranger est une chose qui bouleverse énormément.’ 

Les employeurs ont imaginé deux solutions à ce dilemme d’expat moderne: La politique de carrière double, où l’on négocie activement pour offrir au partenaire une perspective sérieuse de travail sur place. Ou la possibilité de travailler à l’étranger sans émigrer: le pays domestique reste le pays de base et l’employé voyage beaucoup ou ne travaille que quelques jours par semaine à l’étranger.

C’est ce que fait par exemple Krista Radstake (35 ans) depuis des années. Elle travaille à l’ING, où elle met tout en œuvre pour permettre d’importantes reprises pour des entreprises internationales. Pour remplir cette fonction, elle voyage de deux fois par semaine à deux fois par mois à l’étranger, depuis son poste de travail à Amsterdam. ‘Et cela se passe très bien. Je voyage surtout au sein de l’Europe, je peux donc faire l’aller et retour en une journée.’ Son partenaire travaille également à l’ING à Amsterdam. Si l’un de nous devait travailler à Londres, cela irait encore, mais s’il était à Singapour et moi ici ou ailleurs? Ce ne serait pas possible. Rester à la maison comme femme d’expat n’est pas une solution pour moi, et pour mon mari non plus.’

Sa propre carrière
’Les temps ont changé’, dit Radstake. ‘Le modèle traditionnel d’expat, c’est l’homme qui travaille et la femme qui reste à la maison. Mais si aujourd’hui, en tant qu’entreprise, vous voulez détacher du personnel, alors il faut de plus en plus souvent chercher une bonne solution. Les partenaires ont leur propre carrière.’

C’est pourquoi aujourd’hui, les entreprises opérant au niveau international font appel à des sociétés spécialisées qui font pression pour pouvoir présenter aux partenaires d’expats des emplois adéquats sur place. Mais il reste à savoir si on arrive toujours à offrir au partenaire des perspectives de carrière à l’étranger…

La psychologue du travail Louise van Alenburg, partenaire d’un employé Shell qui travaille en Russie, a mené une enquête en 2005 sur la disposition à l’expatriation et sur la carrière des partenaires des employés de Shell. Parmi les partenaires dans son enquête, 81 pour cent avaient un emploi avant le départ, mais après l’expatriation ce chiffre n’était plus que de 25 pour cent. 

Mission réussie
La mission qui réussie le mieux semble être celle d’une famille stable, où tous les membres de la famille (partenaire avec sa propre carrière et éventuellement des enfants) sont heureux. C’est ce que montre l’enquête de l’Université de Harvard. Parmi les mille grands directeurs interrogés, plus des trois quarts ont indiqué comme étant le plus gros obstacle, le souci pour la famille et le peu de chance de trouver un emploi approprié pour le partenaire (souvent la femme). La vie dans la communauté d’expat est vécue comme étouffante par beaucoup de partenaires. Selon les estimations, 20 à 30 pour cent des expatriations échouent, parce que le partenaire de l’expat n’arrive pas à s’adapter.

Il n’y a donc pas d’autres choix: les entreprises doivent se décarcasser pour satisfaire en même temps les partenaires de leurs expats. Car si un partenaire malheureux signifie l’échec d’une mission, cela coûte alors beaucoup d’argent. 

Sabien Vreeman-Butzelaar (32 ans)

‘Ce que je sais faire ne disparaît pas au bout de deux ans’
‘Je suis partie en Californie avec mon mari, qui prépare une maîtrise de gestion (MBA) à Stanford. Le seul visa pour lequel je pouvais être prise en considération était plutôt maigre; en effet, je n’ai pas le droit de travailler ni d’étudier, seulement de suivre des cours et faire du bénévolat. C’est donc ce que je fais, dans un parc zoologique, je nettoie les cages, donne à manger aux animaux, et je travaille aussi pour un site Internet.  C’est un peu un congé semi sabbatique forcé, mais il y a des endroits pires dans le monde pour passer autant de temps libre. Et d’ailleurs, ce n’est ‘que’ pour deux ans.

‘Aux Pays-Bas, je travaillais comme rédacteur en chef chez Glamour, j’avais un emploi formidable. Cela a été très difficile pour moi de partir. Quand nous reviendrons aux Pays-Bas, je travaillerai comme journaliste en free-lance, je l’ai déjà fait autrefois et cela me plaisait vraiment. Et ce que je sais faire, cela ne disparaît pas comme ça après deux ans. Ici, je travaille aussi de temps en temps en free-lance pour des clients néerlandais, je ne suis donc pas totalement inactive, mais en raison du décalage horaire, le contact avec les clients est parfois difficile.

‘Avant que mon ami (nous n’étions pas encore mariés à l’époque) s’inscrive pour cette maîtrise de gestion à Stanford, nous avions décidé que j’irai de toute façon avec lui. Cela nous semblait vraiment particulier de partir tous les deux ensemble pendant quelque temps, et en plus ce n’était que pour deux ans, alors je trouvais que je pouvais le faire. Le lieu était en fait plus important pour moi que pour lui ; puisqu’il était là pour étudier et que moi je devais trouver moi-même à me divertir. Aussi ai-je mis mon veto à pas mal d’options. Nous avons quand même un peu hésité sur une formation en Europe parce que j’aurais pu alors travailler, mais les écoles américaines sont beaucoup mieux cotées.  C’était une chance qu’il ne pouvait pas laisser passer.’


Mark de Graaf (40 ans)

‘En fait, le lieu n’est pas important’
‘J’ai fait des études d’économie à Rotterdam et à Harvard et j’ai toujours voulu travailler comme banquier d’affaires. Cela me semblait très intéressant. Au moment où je finissais mes études, cette branche était juste en train de se développer aux Pays-Bas, je suis donc allé à Londres, où j’ai travaillé huit ans dans plusieurs banques. Ce fut une expérience extraordinaire, avec une courbe d’apprentissage extrêmement forte.

‘Ma femme, mon amie à l’époque, est venue me rejoindre au bout d’un an à Londres.  Il fallait d’abord qu’elle termine ses études aux Pays-Bas. Elle aussi, elle avait toujours voulu aller à l’étranger.  Pas spécialement à Londres, mais parce que c’est là que je suis allé, elle y est venue aussi. On en avait beaucoup parlé avant, mais pas de manière approfondie. Elle disait: si c’est ta vocation, alors il faut le faire.

‘Au début, elle venait me voir le week-end, mais il fallait parfois que je travaille aussi le week-end. Il m’est souvent arrivé de travailler 100 heures par semaine, ce n’était donc pas l’idéal. Quand elle a travaillé à Londres elle aussi, alors c’était beaucoup mieux.

Nous sommes retournés ensemble aux Pays-Bas. Je voulais changer de travail parce que l’économie était en train de se détériorer et que les entreprises se retiraient sur leurs marchés nationaux. C’est ce qui a fait que le travail aux Pays-Bas devenait plus intéressant. Maintenant je travaille à Amsterdam, mais je suis au moins 2 à 3 jours par semaine à l’étranger. En fait, le lieu est sans importance, que je prenne l’avion de Londres à Madrid ou d’Amsterdam.

‘Je ne regrette pas un seul jour notre retour. Mais nous ne sommes pas forcément liés aux Pays-Bas. Si un jour, l’un de nous trouve une occasion, alors il est toujours possible de repartir. Et oui, j’irais tout aussi bien avec elle si c’est possible. Nos carrières sont, l’une comme l’autre, tout aussi importantes.


Mark Milders (36 ans)

‘Nous avons l’étranger dans le sang’
‘Je travaille depuis juin 2005 à ING, au département chargé des financements de fonds privés, à Amsterdam. Dans le temps, je changeais souvent de travail et j’ai eu plusieurs opportunités dont deux emplois à Londres. Ma partenaire et moi, nous avions juste déménagé et venions d’avoir un enfant. Ce n’était donc pas le bon moment pour aller à l’étranger. On en a discuté bon nombre de fois ‘à la table de cuisine’. Et finalement, le poste proposé à Amsterdam a joué un rôle décisif. C’était tout simplement le plus intéressant. Je pense que beaucoup de gens romancent le travail à l’étranger. Je veux bien habiter et travailler ailleurs, mais pas à n’importe quel prix. Du point de vue du contenu, cela doit être quand même un emploi intéressant. 

‘Ma partenaire et moi, nous avons habité à l’étranger quand nous étions enfants, en raison du travail de nos parents. Nous avons donc ça dans le sang.

‘Je travaille à un niveau international, je suis à Londres toutes les deux semaines, l’anglais est pour 80 pour cent la langue véhiculaire et j’ai beaucoup de collègues qui ne sont pas néerlandais. Travailler ailleurs reste une éventualité envisageable, par exemple à Londres ou à New York. Mais seulement si ma partenaire et mon enfant peuvent s’y adapter. Nous sommes donc assez flexibles, ma partenaire a un emploi qui peut être déplacé. Il y a peu de temps encore, elle avait son propre cabinet et traitait des enfants atteints de dyslexie, ce qu’elle pourrait également faire à l’étranger. Je ne veux pas aller à l’étranger seulement pour aller à l’étranger, il faut qu’il y ait quelque chose en plus.’

Arjen Berghouwer (31 ans)

‘Il faut avoir plus de patience’

‘J’ai déménagé en novembre à Mexico, avec ma femme et mon petit garçon de deux ans. Ma femme est mexicaine. J’ai travaillé jusqu’en novembre comme directeur de processus chez ABN Amro et elle a étudié à l’école des Beaux-Arts à La Haye.

Son père étant subitement tombé malade, nous avons émigré. Mon travail me plaisait énormément, et pourtant je n’ai pas hésité un seul instant. Si votre femme vous dit qu’elle aimerait être près de son père malade, alors il n’y a pas à hésiter.

‘Des Pays-Bas, on n’a pas pu trouver aussitôt du travail à ABN Amro à Mexico. Le département à Mexico est très petit et ils n’engagent pas facilement du personnel étranger, qui est plus souvent plus cher. Maintenant que j’habite ici, je les ai contactés.

‘Ma femme s’est remise à ses études ici à l’école des Beaux-Arts, ce qu’elle faisait aussi avant de venir habiter aux Pays-Bas. Je n’ai pas encore trouvé de travail, mais j’ai bon espoir que cela arrive d’ici peu. Il semble qu’il faille avoir un peu plus de patience en Amérique latine pour les départements des ressources humaines. ‘Je m’oriente principalement sur le secteur des banques parce que j’ai de l’expérience dans ce domaine, mais je suis également ouvert pour du travail dans d’autres secteurs, que ce soit de la consultance, de l’import/export ou le professorat. Donc qui sait, peut-être vais-je bientôt enseigner la politicologie dans l’une des nombreuses universités de Mexico. Pour l’instant, je m’emploie à améliorer mon espagnol.'

Source: www.vkbanen.nl
Date de publication: 20 février 2009

 

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