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Interviews Patrick Chabal: Souffrir et Sourir |
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Dans son tout dernier livre Africa: the politics of suffering and smiling, Patrick Chabal accorde un intérêt primordial à la perspective des classes sans aucune chance de réussite.
Dans l’un de ses livres précédents intitulé Africa Works, Chabal jetait un nouveau regard sur l’Afrique. Selon Chabal, l’instabilité du continent viendrait surtout de la culture politique africaine (informelle) qui a rendu moins évidente la voie vers la modernisation pour l’Afrique. Son nouveau livre intitulé: Africa: the politics of suffering and smiling (les politiques de la souffrance et du sourire) a été publié au début de l’année.
Qu’aviez-vous encore à ajouter à votre ouvrage de base Africa Works?
“Je voulais voir si la réflexion sur l’Afrique avait changé ces dernières années. Par ailleurs, Africa Works traite surtout le rôle de l’Etat et non pas celui des citoyens. Dans The politics of suffering and smiling, j’accorde la primauté à l’existence humaine comme cela s’est développé en Afrique.”
Mais on y accorde de l’intérêt depuis longtemps déjà? Les notions telles que possession, participation, voix et responsabilité sont banalisées dans le monde de l’aide au développement. On accorde donc de l’attention à l’individu.
“L’individu dans l’esprit occidental est totalement différent de l’individu dans l’esprit africain. Nous devons surtout examiner l’individu dans le processus de groupe. La lutte quotidienne pour vivre a des conséquences sur le degré de participation des Africains pauvres dans la société. Ils n’ont ni le temps ni les idées pour les discussions politiques. Ce qu’ils savent bien faire, c’est suivre les religions, les réseaux de travail, les gens qui peuvent les aider. Si ces Africains font appel à un ministre, ils ne lui font pas part de leurs problèmes. Au lieu de cela, ils lui parlent des membres de famille qui sont enterrés dans sa province. Recourir au rapport informel entre le ministre et les pauvres est plus efficace que le blocage des voies. Cette responsabilité informelle est bien plus importante que les formes occidentales de démocratie.”
Vous fixez alors des points d’interrogation pour la promotion de ‘bonne gestion’, l’un des fers de lance de la politique d’aide au développement de ces dernières années.
“Je préfère parler de gestion efficace plutôt que de bonne gestion, c’est trop normatif. Pour une gestion efficace, il faut avoir trois éléments à disposition: un gouvernement compétent, une vision claire et une politique puissante visant un développement économique durable.”
Cela ressemble un peu au modèle asiatique. Mais peut-on comparer ces deux continents? Les tigres asiatiques sont-ils un modèle pour l’Afrique?
“La plupart des gouvernements en Asie réunissent les trois conditions d’une gestion efficace, bien qu’ils soient le plus souvent très corrompus et pas démocratiques du tout. Ces pays ont une forte vision sur l’avenir et traduisent réellement cette vision en une action concrète. Ainsi, les investissements dans l’infrastructure et l’agriculture sont très élevés en Asie, alors qu’en Afrique, le secteur de l’agriculture est totalement délaissé. ”
Vous ne voulez pas donner de conseil de gestion, mais je vous pose quand même cette question : Qu’est-ce qui doit changer?
“Une aide budgétaire générale est une mauvaise idée pour rendre un Etat africain vivable. Cela maintient un système qui n’est pas durable. Nous ne pouvons soutenir que les Etats qui réussissent, pas ceux qui échouent. Un gigantesque système de micro crédits est peut-être préférable pour donner l’argent directement à la sous-classe de la société. Mais l’élite ne permettra jamais cela, parce que sinon, elle ne peut pas contrôler l’argent.
Supprimer l’aide aux Etats faibles ou qui échouent, cela signifie la grande misère.
“Je suis malheureusement considéré par certains comme un afro pessimiste, ce que je ne suis pas. Mais je nomme les choses telles qu’elles sont. Sans aide, la moitié des Etats en Afrique s’écrouleraient. C’est la conséquence ultime. Mais nous ne devons pas oublier que les Africains ont toujours su par eux-mêmes se maintenir en vie.”
LEX ne dispose que d'une version abrégée de l'article posté.
Texte: Joop Hazenberg
Source: IS
Date de publication: le 5 août 2009
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